Indice syntec 322,6
Publié le 18 février 2026

Cumul emploi-retraite : une réforme qui affaiblit la souveraineté industrielle et les compétences stratégiques de la France

Laurent Giovachini, président de la Fédération Syntec, a co-signé avec Virginie Calmels, Frédéric Coirier, Philippe d’Ornano et Olivier Bard une tribune publiée le 11 février 2026  dans L’Opinion alertant sur les conséquences du durcissement du cumul emploi-retraite.

À l’heure où la France entend renforcer ses capacités industrielles, freiner l’activité des seniors expérimentés risque de fragiliser la transmission des compétences essentielles et de compromettre notre souveraineté industrielle.

Retrouvez ci-dessous la tribune ou sur le site de L’Opinion. 

Souveraineté industrielle : une réforme qui affaiblit les compétences stratégiques de la France

La France veut réindustrialiser une économie où l’industrie ne pèse plus qu’environ 9 % du PIB, accroître son parc nucléaire, renforcer sa défense et établir sa souveraineté sur les produits clés. Or, dans le même temps, une réforme votée dans le cadre du PLFSS 2026 s’apprête à produire l’effet inverse : décourager l’activité des seniors expérimentés au moment même où leurs compétences deviennent stratégiques.

À compter du 1er janvier 2027, le cumul emploi-retraite sera profondément durci. Le pari implicite est clair : en rendant le dispositif moins attractif, les seniors prolongeraient leur carrière ou privilégieraient la retraite progressive, générant des économies sur les pensions. Cette hypothèse repose sur une vision théorique du comportement des actifs en fin de carrière. Dans les faits, la majorité des salariés liquide sa retraite dès l’atteinte du taux plein pour sécuriser ses droits. Le risque est donc élevé de voir diminuer l’activité sans obtenir les économies attendues. Une grande partie ont perdu leur emploi de manière subie et ne peuvent pas être en retraite progressive.

Car le cumul emploi-retraite n’est pas marginal. Il constitue un levier d’emploi des seniors et une source de recettes fiscales et sociales significatives. En affaiblissant ce dispositif, la réforme pourrait réduire l’activité économique et fragiliser les comptes publics, là où elle prétend les consolider. La supposée économie sur les pensions non versées ne compenserait de loin pas la perte des recettes sociales et fiscales sur les revenus, liée à la baisse de l’activité en CER. Sur la seule population des moins de 64 ans, les plus pénalisés par la réforme, les cotisations encaissées par les régimes sociaux représentent 1,5 milliards d’euros qui pourraient totalement disparaitre d’ici à quelques années.

Les conséquences seraient particulièrement sensibles dans les filières industrielles stratégiques. Nucléaire, aéronautique, défense, énergie, ferroviaire ou naval reposent sur des cycles longs et des savoir-faire rares, transmis sur plusieurs décennies. Dans ces secteurs, les seniors ne représentent pas seulement une ressource d’appoint : ils assurent la continuité opérationnelle, la transmission des compétences critiques et la sécurisation des grands programmes. Affaiblir leur mobilisation revient à fragiliser directement la souveraineté technologique et industrielle que la France dit vouloir reconstruire.

Ce choix apparaît d’autant plus paradoxal que la France figure déjà parmi les pays où le cumul emploi-retraite est le moins développé, autour de 10 % des retraités actifs, selon l’OCDE. Alors que nombre d’économies comparables cherchent à lever les freins à l’emploi des seniors pour faire face au vieillissement démographique, notre pays s’engage dans une voie plus restrictive.

Au moment où la France revendique une ambition industrielle renouvelée, la cohérence des politiques publiques devient déterminante. On ne peut pas, d’un côté, appeler à une mobilisation nationale autour des filières stratégiques et, de l’autre, affaiblir les mécanismes qui permettent de conserver les compétences indispensables à leur réussite.

La souveraineté industrielle ne dépend pas uniquement des investissements financiers ou des annonces réglementaires. Elle repose d’abord sur les femmes et les hommes qui portent les savoir-faire, transmettent les méthodes et sécurisent les grands projets.

Décourager le travail des seniors expérimentés n’est pas une réforme technique : c’est un choix politique aux conséquences très concrètes pour l’économie réelle. Dans un contexte international marqué par la compétition technologique et la montée des tensions géopolitiques, la France ne peut pas se permettre de perdre des compétences dont elle aura le plus besoin demain.

 

Les dernières actualités
Santé et prévoyance
18 février 2026
Mutuelle : 5 changements clés à connaître pour votre couverture santé en 2026
Vous êtes salarié ou manager au sein de la branche Syntec (IDCC 1486) ? Sachez que votre régime de complémentaire santé s’apprête à connaître des évolutions à compter du 1er janvier 2026. Pour vous aider à y voir clair, cet article décode les derniers textes (avenants n°8 et n°9) et vous présente, de manière simple et concise, les 5 points les plus importants à retenir concernant votre future couverture.